Marc Piron et Myriam Abaied 4 web« Heute schon die Welt verändert? » : le projet CONNECTIONS de l'ASTI

Nous vous présentons aujourd'hui l'interview avec Marc Piron et Myriam Abaied, responsables du projet CONNECTIONS de l’ASTI, au sujet de la qualité de vie, en relation avec un travail digne.

L’ASTI (association de soutien aux travailleurs immigrés) existe depuis 1979 et a été fondée initialement afin de venir en aide aux travailleurs immigrés provenant à ce moment principalement du Portugal. Depuis ces débuts, un long chemin a été parcouru et ASTI propose maintenant de nombreuses activités très diverses (www.asti.lu).

Aujourd’hui, nous voulons donc surtout parler du projet « CONNECTIONS » de l’ASTI. Pouvez-vous nous le présenter ?
Ce projet s’adresse aux demandeurs et bénéficiaires de protection internationale qui souhaitent s’insérer sur le marché du travail au Luxembourg. Nous sommes une équipe de trois personnes à le coordonner, mes deux collègues, Myriam Abaied, Zina Menhal et moi-même, Marc Piron.
Les objectifs principaux sont les suivants :
- Créer des liens entre les demandeurs et bénéficiaires de protection internationale, les entreprises au Luxembourg et le marché du travail.
- Sensibiliser ces populations-cibles à la vie dans notre société, aux exigences de notre monde du travail.
- Mobiliser les acteurs économiques à l’insertion professionnelle des demandeurs et bénéficiaires de protection internationale.
- Préparer nos candidats au travail d’insertion professionnelle de l’ADEM.

28827846 361524727588999 3807255938756587304 oEn 2015, de plus en plus de demandeurs de protection internationale (DPI) sont arrivés au Luxembourg. Au cours de leur procédure d’asile (qui peut durer entre 13 à 15 mois), ils ont souvent très peu d’occasions d’être actifs ou de se rendre utiles dans les foyers et n’ont pas la possibilité de travailler au Luxembourg. Pendant cette période d’attente inactive, ils perdent beaucoup de temps et de compétences. En plus, ils sont, en général, peu préparés au marché du travail du Luxembourg, étant donné qu’il n’y avait pas, à l’époque, des projets qui les préparaient au marché de l’emploi. Une fois le statut de protection internationale reçu, cette phase « inactive » leur complique la recherche d’un travail au Luxembourg. L’ASTI voulait remédier à cette situation. Ainsi est né le projet CONNECTIONS.

Le projet s’articule en plusieurs étapes. Au début, chaque personne désirant intégrer le projet se présente pour un screening de ses compétences aussi bien professionnelles que linguistiques, et de ses attentes par rapport au marché du travail. Ensuite vient la préparation au projet professionnel, tout en tenant compte des compétences, des motivations et intérêts des participants. Parfois, il s’avère qu’il vaut mieux orienter la personne vers une école ou un apprentissage, par exemple. Les réalités du marché du travail sont naturellement aussi prises en compte.
L’étape suivante est constituée de dix séances d’information autour de différents sujets, tels que les défis liés au marché de l’emploi luxembourgeois et les astuces pratiques, la mentalité et la culture au travail, l’équivalence des diplômes, pour ne citer que quelques exemples. Si le participant au projet est présent à 70% de ces séances d’informations, il aura accès aux ateliers professionnels, c’est-à-dire aux quatre workshops autour des thèmes : élaboration d’un projet professionnel personnel, rédaction d’un CV, préparation au stage en entreprise et préparation à un entretien d’embauche.
Cette phase de préparation est suivie, finalement, par les stages en entreprise non-rémunérés. Ces stages peuvent compter un maximum de 240 heures et peuvent s’étendre sur 6 mois. Chaque stagiaire est suivi par un mentor à l’emploi au sein de l’entreprise. Une évaluation des compétences selon la fiche ROME (répertoire opérationnel des métiers de l’emploi) utilisé par l’ADEM clôture le stage et la participation au projet CONNECTIONS.

La seule condition de participation au projet est la connaissance linguistique d’au moins une des deux langues suivantes, à savoir le français ou l’anglais. Depuis le début du projet, 4 groupes ont déjà pu suivre les différents modules proposés par le projet CONNECTIONS. Un 5e groupe va commencer fin mars, début avril 2018. Un cycle s’étend sur 6 mois. Jusqu’ici 65 stages en entreprise ont pu être proposés aux demandeurs et aux bénéficiaires de protection internationale, et 15 bénéficiaires de protection internationale ont pu trouver un emploi, à la suite de ces stages.

Un portfolio qui regroupe tous les documents importants (la certification officielle des différents modules suivis, la fiche ROME, la lettre de recommandation de l’entreprise où le stage a été effectué, le CV, etc.) permettra au bénéficiaire de protection internationale (BPI) d’approcher l’ADEM et les employeurs, en disposant d’un dossier bien fourni.

Nous travaillons avec 80 entreprises, sans lesquelles ce projet n’aurait pas pu voir le jour. Il y a aussi bien de grandes boîtes comme de petits commerces – comme le boucher du coin par exemple – parmi ces entreprises. Les séances d’information ainsi que les workshops sont en partie assurés par les entreprises elles-mêmes, tout comme les simulations d’entretiens d’embauche. Ainsi, les participants du projet se retrouvent vraiment en situation réelle, ce qui n’aurait pas été le cas, si nous-mêmes avions assuré les simulations de ces entretiens d’embauche. En même temps, un contact direct est déjà établi entre les entreprises et les futurs stagiaires, ce qui contribue à diminuer les méfiances et peurs éventuelles qui pourraient exister de part et d’autre.

CONNECTIONS est reconnu comme formation des adultes par le Ministère de l’Éducation Nationale, de l’Enfance et de la Jeunesse (MENEJ). Le projet est financé par l’Œuvre Nationale de Secours Grande-Duchesse Charlotte (suite à l’appel à projets Mateneen) pour une durée de 3 ans. Le kick-off a eu lieu en 2016, c’est-à-dire, le financement est assuré jusqu’à la fin de l’année 2018. Evidemment, nous sommes déjà en négociations avec certains Ministères, afin de chercher des solutions pour pérenniser ce projet. Nous pourrions par exemple imaginer qu’une partie du projet serait intégré dans le récent parcours d’intégration accompagné – PIA – qui existe depuis septembre 2017 et constitue un passage obligatoire pour chaque demandeur de protection internationale arrivant au Luxembourg (https://olai.gouvernement.lu/fr.html).

23120254 319394231802049 6597984735720283442 oQuelle est la demande de la part des demandeurs de protection internationale à pouvoir participer à votre projet ? Comment apprennent-ils que ce projet existe ?
Nous ne faisons pas de publicité ciblée parmi les demandeurs et bénéficiaires de protection internationale pour notre projet, car nous avons été, en quelque sorte, victimes de notre propre succès dès le début. Comme en 2016, c’était le seul projet de la sorte qui existait, la demande a évidemment été très élevée. La promotion s’est faite exclusivement par le bouche-à-oreille.

Comment avez-vous sensibilisé les entreprises à collaborer avec vous ?
Au début du projet, il y a eu, au sein de notre équipe une personne qui bénéficiait de beaucoup de contacts dans le monde des entreprises, ce qui nous a certainement facilité l’entrée dans l’univers des entreprises. Par la suite, nous avons fait beaucoup de promotion via la radio, des articles dans la presse, mais aussi du porte-à-porte et du bouche-à-oreille. Récemment a eu lieu la remise des certificats, qui a été couverte par la presse, ce qui a attiré à nouveau l’attention sur le projet. Le fait que le projet a été lauréat du « Diversity Awards Lëtzebuerg 2017 » a certainement contribué à sa notoriété.

Comment ont réagi les gens (les entreprises, les réfugiés,…) à ce projet ? Pourriez-vous nous donner quelques exemples concrets (positifs et négatifs) de réactions des gens ?
En général, on peut dire que les entreprises ont très bien réagi à ce projet. La plupart du temps, leurs questions allaient plus dans le sens : est-ce légal d’offrir un stage à un réfugié ? comment sera-t-il assuré ? etc. Il faut être conscient qu’accueillir un stagiaire au sein de son entreprise représente une charge supplémentaire en termes d’investissement au niveau du temps, car il faut l’encadrer. En plus, notre projet ne bénéficie d’aucune subvention en faveur des entreprises, comme lors d’autres stages en entreprise, par exemple. Une condition de participation au programme pour les entreprises est justement la mise à disposition d’un mentor qui encadre le stagiaire tout au long de son stage.

Le projet fonctionne bien. Il faut dire que les entreprises s’engagent et nous soutiennent beaucoup ! Cependant, il y a une difficulté légale pour un certain nombre de métiers « protégés » tels que la médecine, le paramédical, la pharmacie, par exemple, ou les métiers de l’enseignement (instituteur, professeurs) ou encore avocat. Pour ces métiers, il faut une homologation et le droit d’exercer cet emploi au Luxembourg. Malheureusement, les ressortissants de ces pays n’ont pas ce droit d’exercer ces professions chez nous. Cette situation n’est pas facile à accepter du tout pour les personnes qui ont travaillé dans ces métiers dans leur pays d’origine !

Un autre défi est aussi de bien sensibiliser les demandeurs et bénéficiaires de protection internationales eux-mêmes en ce qui concerne le formel dans le monde de l’emploi au Luxembourg. Pour eux, il est souvent difficile de comprendre que le CV doit être bien rédigé, qu’une préparation sérieuse à l’entretien d’embauche est d’une importance capitale… Pour les réfugiés, les liens sociaux sont très réduits au Luxembourg, par rapport aux autres résidents, luxembourgeois, portugais, etc. qui disposent d’un réseau social beaucoup plus élaboré, en général. Voilà pourquoi un bon encadrement est capital et nécessaire dans le projet CONNECTIONS. Il faut rédiger beaucoup de CV et préparer de nombreux entretiens d’embauche, afin de comprendre la valeur de tels outils dans le monde du travail au Luxembourg.

21366698 303165343424938 1910401737562242087 oLe grand public, peut-il soutenir le projet CONNECTIONS et si oui, comment ?
Volontiers ! Pour toutes les personnes qui travaillent dans le domaine des ressources humaines, par exemple, elles sont les bienvenues pour nous appuyer dans la simulation des entretiens d’embauche.
Tout un chacun est invité à se poser la question s’il est intéressé à accueillir un réfugié stagiaire dans son service et à en faire la demande à son patron.

Comment peut-on contribuer à une meilleure qualité de vie (pour soi-même et les autres) à travers des initiatives comme la vôtre ?
Ce qui importe le plus, à notre avis, pour les demandeurs et bénéficiaires de protection internationale, c’est de leur proposer des mesures d’occupation. Je m’explique : le plus grand défi pour eux est le fait de ne pas avoir d’occupation, ce qui peut être extrêmement frustrant. Imaginez-vous de rester à longueur de journées, en quelque sorte « garés » dans un foyer, à ne rien faire, à attendre que votre situation soit régularisée, à essayer de vous organiser avec très peu de moyens, dans un espace restreint, que vous devez en plus partager avec d’autres… Ce n’est pas étonnant que des tensions naissent au sein des foyers, l’inactivité engendre des frustrations ! Ce serait pareil pour nous aussi, si on se trouvait dans une telle situation.
Offrir un peu de qualité de vie aux réfugiés en leur proposant des occupations, des mesures d’intégration et des formations, aussi bien linguistiques que de préparation au marché de l’emploi, afin qu’ils puissent utiliser de façon utile ce temps d’attente de régularisation de leur situation et qu’ils aient la possibilité de retrouver leur dignité.
Merci, Marc Piron et Myriam Abaied, d’avoir pris le temps de nous recevoir et de nous expliquer les finalités et le fonctionnement de CONNECTIONS. C’était un entretien vraiment inspirant et motivant !

Nous remercions l'ASTI pour la mise à disposition des photos.

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